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     bearboz@hotmail.com

Bélier ascendant sirène.
Né d’un père scribouillard communal et d’une mère fromagère.
Cette lourde hérédité le conduit tout naturellement à tailler ses crayons et à affûter ses sens.
Après une scolarité pénible et éprouvante (pour le corps enseignant), est entré aux arts déco de Strasbourg. En est sorti en 1995 pour aller perdre son temps à étudier la philosophie. N’a pas renoncé à vouloir adapter en bandes dessinées les Prolégomènes à toute métaphysique future -sans texte, de préférence. Depuis, produit peu, dessine beaucoup, et se décide lentement à remplacer la psychanalyse par la publication.

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fin juin, fin août
fin octobre 2011

25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 12:43

Le Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg accueille depuis le mois de juin une exposition qui a suscité notre curiosité et notre étonnement: Instants Anonymes.
Une exposition dédiée à la photographie amateur, à ces clichés sortis des albums qui n'ont jamais eu ni l'occasion, ni l'intention d'être mis en lumière.
Pour être sincère, notre opinion sur le sujet était plus que mitigée mais les échos, souvent enthousiastes, se multipliant nous nous sommes décidés à pousser les portes du Musée.
«Au fond, à droite commence l'exposition» nous annonce-t-on.


Dès l'entrée, nous sommes accueillis par un court texte qui rappelle combien le médium est populaire et qui annonce d'emblée qu'aucune indication de lieu, de date et d'auteur n'est donnée dans cette exposition. Sont ensuite mentionnés et remerciés Philippe Poirier à la mise en scène, Patrick Bailly-Maitre-Grand et Céline Duval pour leur participation ainsi que « tous ceux qui ont souhaité rester anonymes ».

Et là, commence le spectacle...
Des images, beaucoup, des couleurs, vives, des effets, séduisants, des souvenirs, pour certains, et quelques bonnes surprises.

Le parti pris de la mise en scène est de contre-carrer le petit format et le noir et blanc propres à ces photographies. Ainsi, les murs sont très colorés et quelques images sont agrandies, recolorées et imprimées sous forme de papiers-peints. Ces grandes reproductions accrochent l'oeil et sont très plaisantes à voir.

 

Les photographies, elles sont regroupées par thème. On commence par la photographie d'identité, on passe aux métiers et pousuit par les travailleurs, les loisirs, l'enfance, le femme, le couple, la mort... Certains thèmes renvoient à des inventions plus datées (ou datantes) telles que les deux roues, l'automobile.

Les témoignages d'époques se bousculent et révèlent une multitudes d'informations passionnantes et précieuses.

Mais... en quoi cette exposition trouve-t-elle sa place au musée d'art contemporain? Par qui est-elle revendiquée? Que dit-elle? Elle renvoie, certes, à des propos historiques, sociologiques, voire techniques, mais en quoi sa présence en ces lieux est-elle justifiée? L'invitation faite à deux artistes à apporter certaines pièces?

Patrick Bailly-Maitre-Grand, photographe et en ce qui nous concerne, collectionneur, signe une salle (la plus sobre en couleurs) en y exposant certaines de ses plus belles pièces. Il traite, à travers des photographies témoins, de certains thèmes comme le colonialisme, le mariage, la photographie aérienne. Son accrochage est très personnel et, nous lui en sommes reconnaissant, très personnalisé. Nous lui reprochons plus volontiers l'aspect didactique et démonstratif de son exposition.

L'autre artiste invitée est Céline Duval. Depuis des années, elle collecte toute sorte d'images imprimées, de la carte postale aux images de magazines en passant par la photographie. Son travail consiste en la constitution d'un fond iconographique et en l'exploitation de ce fond sous diverses formes (livres, magazines, exposition et vente...).

Elle présente ici un diaporama sélectionnant quelques images liées à la mer, à la plage, aux marées. En fond sonore, une mise en son est réalisée par el TiGeR CoMiCs GroUP*. Cette vidéo est sans doute la seule véritable oeuvre de l'exposition.

La visite terminée, il nous apparait qu'il aurait été plus juste de consacrer cette entière exposition à l'oeuvre de Céline Duval qui seule, développe autour de la photographie amateur (et pas seulement) un réel travail en la collectant de manière systématique, la traitant et la renvoyant au public à travers ses éditions ou vidéos.

A vrai dire, nous croyions ce travail préliminaire et artistique indispensable à la présence d'une oeuvre dans un musée d'art contemporain.

 

Quoi qu'il en soit, ces « Instants Anonymes » ne nous convainquent pas. Ils suscitent en nous bien des questions quant à la légitimité d'un espace institutionnel de cette importance à présenter ces images. A l'heure ou l'art contemporain a du mal à trouver un écho populaire, cette exposition terriblement démagogique est-elle la bienvenue? Alors que la place du commissaire d'exposition est emprise à bien des critiques est-il judicieux de programmer une exposition qui n'existe qu'à travers sa mise en scène sans même mentionner ce qui a justifié le choix des « oeuvres », ni même qui a opéré la sélection? Ces photographies, sans aucun doute toutes plus belles ou amusantes les unes que les autres, ne sont-elles pas en meilleur place dans leurs albums?

Une chose est sûre, nous finissons la visite par un sourire quand nous découvrons le petit pictogramme qui nous avait échappé à l'entrée: interdiction de prendre des photographies de l'exposition! 

 

 

Sandrine Wymann et Bearboz

 

*Nicolas Germain (el tiger comics group) propose depuis 1988, des "jujuart shows".
Après avoir exploré divers médias, de la peinture à l'installation en passant par la photo et la musique, il se produit seul sur scène en proposant des "expériences sonores et visuelles".

 

Instants anonymes du 4 avril au 14 septembre 2008 au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg


article publié sur Rue89

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Published by bearboz - dans collaborations
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